Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /2010 21:54
pavlov.gif   Le débat perpétuel sur l'insécurité auquel nous assistons depuis la triste campagne présidentielle de 2002 (si tant est qu'on peut encore appeler débat un tel déferlement de réactions passionnelle surmédiatisées) pose un certain nombre de questions, sur la forme comme sur le fond. Le sujet de l'insécurité est, depuis cette campagne, devenu si central dans la gestion politique de l'hexagone qu'il devrait légitimement inciter tous les citoyens à se questionner franchement et froidement, en mettant à part leurs réactions face à des situations choquantes et traumatisantes. C'est évidemment tout le contraire qui se passe. L'usage de l'émotion dans ce questionnement est si fréquent, permanent et si savamment orchestré qu'il est presque impossible de prendre de la distance des évènements qui le rythment.
  La forme du débat devrait en tout premier lieu poser question à tous ceux qui y assistent. L'utilisation abusive d'expressions très vite devenues des poncifes a eu pour effet de bloquer toute réflexion n'allant pas dans le sens de la pensée unique sécuritaire. Des notions toutes faites et tournant presque à vide (droit à la sécurité, multi-récidive, zones de non-droit, prédateurs urbains, quartiers chauds et tant d'autres) ont complètement bloqué la réflexion, dans un premier temps. Le travail des médias n'a pas été pour aider la réflexion pacifiée : la campagne de 2002 s'est ouverte sur une succession de faits divers. La plus évidente manifestation de ce délire médiatique sécuritaire est peut être l'émission au titre si évocateur de TF1 : Ca peut vous arriver ! diffusée en prime-time le 14 avril 2002. Au programme : arrivée du car-jacking en France, montée de l'insécurité en banlieue , torture, viols et enlèvements. L'affaire du RER-D, mieux connue sous le nom de son adaptation au cinéma La fille du RER est une illustration caricaturale de l'obsession médiatique qui a saisi les médias : peu importent la vérification des faits ou la rigueur journalistique. Même Le Monde, pourtant réputé journal fiable et tempéré, se jette sur l'affaire, la France est blessée.
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  Dans un tel contexte de folie médiatique, politique, le citoyen est littéralement pris en otage par une idéologie sécuritaire qui a, en plus, une capacité formidable à cacher ses échecs. C'est le cas de la montée du budget de la police présentée comme seule réponse à la montée d'un sentiment d'insécurité fabriqué sur mesure par et pour des défenseurs d'une politique de tolérance zéro qui n'a eu, comme le montrent le sociologue Loïc Wacquant dans Punir les Pauvres et l'économiste Steven Levitt dans Freakonomics, aucun effet sur la criminalité. Quand baisse il y a eu, elle était soit structurelle et s'expliquait facilement sans passer par la montée des effectifs et des moyens des forces de l'ordre. Cette réponse sécuritaire est, je l'ai écrit plus haut, basée sur le sentiment d'insécurité qui serait révélateur d'une montée de la criminalité urbaine. Cette notion de sentiment d'insécurité est peut être la plus belle construction idéologique des années 2000 en matière de politique intérieure (avec peut être la flexibilisation de l'emploi). En effet, c'est en évoquant la montée d'un tel sentiment qu'on justifie l'augmentation des apparitions dans les médias de faits divers sordides, qui contribuent à le faire croître (encore une fois, le message de Ca peut vous arriver ! est on ne peut plus clair). Paradoxalement, il est facile de prouver que c'est une rhétorique qui tourne à vide : dans les années précédant la sanglante campagne de 2002, les actes de violence ont baissé en France de façon significative, alors même que le discours unique sur le sujet, à droite comme à gauche, dénonçait une montée historique du sentiment d'insécurité.
  Ce sentiment s'articule autour des trois figures de l'ennemi moderne : le délinquant sexuel, le terroriste islamiste et le délinquant de banlieue, trois figures dont au moins deux permettent d'augmenter la surveillance sur les quartiers populaires et les populations musulmanes (j'ai en tête le cas de ce suisse interviewé après le référundum helvète sur les minarets et ne faisait pas la distinction entre musulman et islamiste, deux termes qui laisseront probablement bientôt place à un troisième, mahométan, qui a l'avantage de faire la synthèse des anciennes appellations). La dernière, celle du délinquant sexuel, permet de justifier un durcissement des peines et de donner des résultats à la politique sécuritaire : des mesures anti-récidive contre une population ne récidivant qu'à 1,3%, voilà qui est assurément efficace médiatiquement !
  Et si jamais on s'aventure à dénoncer ou même à remettre en cause une telle politique, en mettant en exergue le fait 328531272.jpg que les délinquants sexuels sont souvent de simples malades mentaux, que les délinquants de banlieue sont issus d'un milieu profondément défavorisé, et que le terrorisme international a émergé après des décennies de mépris des pays du Nord vis à vis des pays du Sud, on est catalogué comme complice, voire promoteur de ces actes. La boucle est bouclée, et la manipulation a été faite jusqu'au bout, pour finir en véritable police de la pensée exercée par tous contre tous. Or, face à une stagnation et une augmentation du sentiment d'insécurité depuis que le tout sécuritaire a été mis en place, une question s'impose à moi : et si on commençait à en chercher, des excuses ? Puisque le reste ne marche manifestement pas, on pourrait penser à des réponses plus sociales à la délinquance des jeunes des quartiers populaires, des réponses médicales à la délinquance sexuelle. Ca ouvrirait un peu le débat, et peut être même les yeux du public.




Par Beluga
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 19:18


Je sais que mes vidéos vous plaisent (en tout cas, moi, elles me plaisent)
Par Beluga
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 19:08
  J'ai entendu ce matin que deux hommes s'étaient servi de niqabs pour commettre un braquage. Bien entendu, immédiatement, le niqab a encore été voué aux gémonies par les défenseurs de l'interdiction : on nous avait bien dit qu'on s'en servirait pour commettre des crimes. Plutôt que de foncer dans le mur en disant qu'on avait bien raison, réfléchissons une seconde. De tels actes n'ont eu lieu que depuis qu'on dit que le niqab peut servir de prétexte à des actes criminels. Ainsi, à mon avis, ces personnes ont été inspirées par les débats sur le niqab, et ce forfait n'aurait jamais eu lieu si on n'avait pas lancé ce débat malsain. C'est ce qu'on appelle l'ironie du sort....

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Par Beluga
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Dimanche 7 février 2010 7 07 /02 /2010 08:41
Poubelles-copie-1.jpg   Demain aura lieu le débriefing du " grand débat " sur l'identité nationale lancé par Eric Besson dans l'optique des élections régionales de 2010. Nous savons tous d'ores et déjà ce qui va se dire (à moins que le ministre ait une soudaine épiphanie) : la France est sortie plus forte de ce débat, nous avons enfin une définition claire de ce que sont les vrais français, nous avons pu reserrer les liens entre tous les nationaux, nous avons exprimé notre désir d'assimiler les étrangers, nous sommes enfin tous républicains, et ainsi de suite.
  Il n'y a rien de surprenant à ce que le ministre s'offre un satisfecit, même après une débâcle telle que celle de ce " grand débat " dont personne, à part le ministre et quelques nationalistes de l'UMP, ne voulait. Mais, ne vivant pas encore dans le rêve d'un régime démocratique où la vérité du gouvernement serait la vérité de tous, force est de constater que ce " grand débat " n'a apporté finalement que peu de choses à la scène politique française, et qu'il a pourtant marqué un cap dans la politique gouvernementale, et probablement dans le débat politique français en général.
  D'abord, le débat n'a rien amené par son échec retentissant. Déserté par les médias, les citoyens et l'opposition, le débat s'est finalement déroulé entre les ultra-nationalistes (appelés depuis 2007 droite décomplexée). Ne nous leurrons pas, on va entendre des intellectuels crier au scandale face à cette désertion. André Glücksmann ouvrait le tir ce matin en vouant au gémonies un parti socialiste qui ne sait que critiquer. On pourrait se contenter de souligner qu'un débat où la critique est mal vue est un débat relativement étrange, mais de plus, le simple fait de rejetter le débat tel qu'organisé par le gouvernement (ce que dit la pétition " Nous ne débattrons pas " de Médiapart), c'est déjà débattre. Quand une mesure est prise en démocratie, le premier des débats est celui qui touché à l'opportunité de cette mesure. De plus, étant contre la politique du gouvernement et le PS à la fois, je me sens profondément choqué de me faire systématiquement renvoyer à ce parti quand je me signale comme opposant.
  Le débat n'a rien amené, non plus, à l'image de celui qui l'a organisé. La politique de la droite décomplexée
(amusons-nous à faire un peu d'herméneutique : si quelque chose est décomplexé, alors c'est moins complexe, donc plus simple) a surtout permis de rapprocher l'UMP du FN, choquant dans ce mouvement les militants modérés du parti majoritaire. Et en plus, cette politique ne marche plus ! Statistiquement, c'est le FN qui a gagné au débat, gagnant deux points dans les sondages au mois de novembre 2009 (Ifop/OpinionWay). Qu'il s'agisse d'une hausse des intentions de vote ou d'un plus grand nombre de votants déclarés (on sait que les votants FN se déclarent toujours difficilement), le constat à en tirer est le même : le FN attire plus.
  D'ailleurs l'augmentation des propos islamophobes, des agressions anti-musulmans, des dérapages n'est pas une conséquence, comme voudraient nous le faire croire les partisans du débat, d'un manque de débat, mais directement une conséquence du débat : nous demandons aux gens de parler des musulmans pour résoudre les problèmes. Le lien musulman = problème est vite fait. Si on y ajoute les débats houleux sur l'intervention des gouvernements dans les affaires du culte musulman (qu'il s'agisse des minarets ou du voile intégral), le parallèle est vite fait : le grand débat sur l'identité nationale est un petit débat sur l'islam.
  Mais ce débat a servi à apporter quelque chose à la politique française : le volet identitaire. On pourra, désormais, faire des lois visant à protéger les racines judéo-chrétiennes de la France (comme si l'islam n'avait pas de racines judéo-chrétiennes....) sans se faire traiter de xénophobe : on sera un bon français. On pourra tenir des propos réellement racistes en se contentant d'invoquer la décomplexion de la droite. Le ministre Besson a déjà proposé de faire signer un pacte républicain qui engagerait son signataire à respecter les valeurs dégagées par le gouvernement, en échange de sa carte d'électeur. On peut s'attendre à d'autres mesures de ce genre : marquer les mauvais français
, par exemple. Ou les faire vivre dans des quartiers à part, pour éviter qu'ils se mélangent avec les bons (ce qui est déjà fait en ce qui concerne le prolétariat Schmitt-mid-1933.jpg immigré et ses descendants). Les possibilités sont presque illimitées. Ce débat aura donc servi aux assimilationnistes qui peuvent relégitimer une culture dominante qu'ils imaginent remise en question depuis une quarantaine d'années (balayer l'esprit 68, c'est aussi ça) sans pour autant se sentir racistes. Il aura aussi permis d'ostraciser une gauche qui est rejetée comme rejettant le débat (alors qu'elle y participe peut être même plus que les autres). Il aura aussi permis de réaliser le vieux rêve schmittien de distinguer les ennemis internes, rêve qui porte bien son nom de rêve, puisque, comme le titre Télérama cette semaine, Nous sommes tous de mauvais français.
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /2010 16:11

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  S'il y a eu quelque chose d'intéressant avec l'affaire du voile intégral pendant les derniers mois, des débats qui ont agité la sphère politique et militante française, et des conséquences de ces débats dans les médias, c'est la révélation d'un véritable complexe que les français ont vis à vis des religions non dominées, ou plutôt non assimilées au sens premier du terme.

   La dernière polémique, celle de la candidate NPA dans le Vaucluse et qui affiche ouvertement le fait de porter le voile (non pas intégral, mais la question est la même) est particulièrement intéressante à cet égard. Aussitôt l'annonce de la candidature de cette dame faite, les ayatollah de la République se jetaient à corps perdu dans le combat. Il était scandaleux qu'un candidat affiche ainsi sa religion au grand jour, on ne devait pas mélanger la foi et la chose publique.... La sortie de cette candidate a des allures d'inceste, et même de viol symbolique de la République, judicieusement incarnée par Mariann.

   Et pourtant, cette polémique est surtout révélatrice d'une véritable schizophrénie de la part des partisans de l'assimilationnisme. Les mêmes qui, face à la polémique du voile intégral, criaient au communautarisme, à la haine de la République, de la France et de la société, et qui se plaçaient en grands défenseurs du lien social en arrivent à pousser de hauts cris quand ils voient une candidate voilée. Mais, si on y réfléchit bien, il s'agit précisément de deux choses radicalement différentes. Les femmes qui portent le voile intégral le font dans une posture totalement individualiste et se coupent (d'après ces personnes) de la République et de la société. Mais cette dame qui affiche à la fois son appartenance à l'islam et son attachement à la République fait précisément partie des autres musulmans dont on parle depuis le début de cette campagne d'acharnement contre les femmes voilées : en s'engageant en politique (et pas à une place secondaire où elle n'aurait été qu'une caution de la diversité), cette dame affirme de façon forte qu'on peut être à la fois attaché à la République et à l'islam. Loin d'être scandaleuse, cette candidature devrait être applaudie par la sphère politique dans son ensemble comme un gigantesque pied de nez (ou doigt d'honneur) à l'encontre des islamistes radicaux qui voudraient faire perdre aux musulmans la confiance en la République.

   Parallèlement, la critique faite par les autres candidats est d'une hypocrisie sans pareille. En effet, le scandale, pour ces personnes, viendrait de ce que cette dame mélange (comme si c'était un croisement contre-nature) le politique et la religion. Mais, le politique est mélangé au religieux depuis que le prétendu débat sur la prétendue identité nationale, qui a suffisamment exacerbé les supposées « racines judéo-chrétiennes de la France » pour que des musulmans viennent affirmer par des actes symboliques qu'ils sont compatibles avec la France. Mais en dehors de ce fait, je ne crois pas me tromper en affirmant que les candidats de la majorité présidentielle, les mêmes qui manifestent violemment leur choc face à cette candidate, n'ont jamais crié contre l'alliance de leur parti avec celui des chrétiens-démocrates, dont la dirigeante, Mme Christine Boutin, était encore récemment au gouvernement, et qui n'hésitait pas à brandir sa Bible dans l'Assemblée Nationale au cours d'une scène devenue désormais mythique. Il pourrait donc y avoir des chrétiens-démocrates, mais pas de musulmans-démocrates ? Je ne savais pas que nous étions tous devenus huntingtonniens !

   Logo_PCD.pngComme l'aurait dit Hamlet, plus les débats sur l'islam en France avancent, et plus on peut penser qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de France. Et comme l'aurait dit Orwell, il est scandaleux qu'au prétendu pays des Droits de l'Homme, toutes les religions soient écartées du pouvoir, mais certaines moins que d'autres.

Par Beluga - Publié dans : Articles
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